Du temps pour le « vrai boulot ». La mise à disposition des temporalités infirmières au secours des médecins généralistes

Par Noémie Morize
Français

Ces dernières décennies, les médecins généralistes peinent à répondre à une demande de soins croissante, tandis que leur nombre comme leur disponibilité temporelle au travail a fortement diminué. Cela amène à des reconfigurations dans la division du travail de soins entre médecins et infirmier·es. Dans quelle mesure les divisions des tâches entre groupes professionnels peuvent-elles affecter et être affectées par les temporalités au travail ? Cet article s’appuie sur une enquête qualitative monographique menée dans trois maisons de santé, ces dernières formant un contexte organisationnel susceptible d’accroître ces dynamiques pluriprofessionnelles. Relisant les enjeux de division du travail sous le prisme de la maîtrise des temporalités, cet article démontre qu’au sein des maisons de santé enquêtées, les temporalités au travail sont construites comme un enjeu collectif et pluriprofessionnel, justifiant l’embauche d’infirmières salariées. Les médecins généralistes, soucieux de conserver ce qui constitue leur « vrai boulot », s’appuient alors sur la disponibilité collectivement organisée de ces infirmières salariées afin d’ajuster leurs cadences et tâches de travail. La définition de ce qui fait leur « vrai boulot » s’ancre dans des socialisations différenciées, notamment en termes de genre, et influence la nature de leur coopération avec les infirmières et la manière dont ils et elles investissent leurs temps de travail.

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