De quoi l’expertise est-elle le nom ? Le rôle des assignations ethno-raciales dans le travail des interprètes auprès de populations migrantes

Par Anaïk Pian
Français

Qu’est-il attendu des interprètes lorsqu’ils transportent la parole de tiers, qu’il s’agisse de celle des professionnels faisant appel à leurs services ou de celle des usagers, et ce, afin de permettre aux premiers d’exercer leurs propres missions ? L’article part de l’hypothèse que l’on ne peut saisir les tensions dans la définition et les pratiques in situ de l’appel à l’expertise des interprètes sans tenir compte d’une caractéristique sociologique fondamentale de ce métier : celle d’être racisé. Il met en perspective trois contextes d’interprétariat : celui de l’instruction des demandes d’asile au sein de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ; celui de l’accompagnement des demandeurs d’asile en centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) ; celui de consultations en santé mentale. Dans le cadre d’une activité à dimension prudentielle, l’article montre comment, selon des processus ambivalents, l’origine réelle ou supposée des interprètes oscille entre présomption qualifiante ou disqualifiante. Plus largement, la manière dont la racialisation du métier est perçue selon les différents contextes d’intervention et configurations relationnelles impliquées, affecte le périmètre et la nature de l’appel à l’expertise des interprètes. En dépit des codifications formelles de la fonction, les frontières du rôle des interprètes font constamment l’objet de régulation sur le vif pour une expertise en acte, traversée par des logiques de racialisation.

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