Une féminité contrainte au sein des groupes de pairs. Analyse d’une socialisation juvénile à l’ordre du genre en colonies de vacances

Par Pauline Clech
Français

À partir de l’analyse de l’agencement des groupes de sexes et des normes de genre au sein des groupes de pairs que sont les adolescents et les adolescentes en colonies de vacances, l’article montre que cet espace de villégiature est un lieu de socialisation de renforcement, qui confirme et accentue l’incorporation de rapports de domination entre garçons et filles, par-delà la diversité des rapports sociaux de classe et de race. Les garçons approfondissent l’apprentissage de la domination masculine – que celle-ci repose sur une masculinité hégémonique ou populaire virile, quand les filles renforcent l’incorporation d’une féminité contrainte. Lorsque ces dernières tentent de résister, elles s’appuient sur d’autres rapports de domination : le sexisme ou le mépris de classe. Cet article montre comment les rapports sociaux de sexe constituent un impensé, qui enraye l’objectif émancipateur des colonies de vacances. Ces dernières perpétuent un ordre du genre sexiste, où le masculin « l’emporte » sur le féminin, malgré la diffusion d’un ethos égalitariste et une visibilité accrue des inégalités et des violences de genre dans notre société. Loin d’être restreinte à une forme d’encadrement juvénile résiduelle, cette question renvoie au cœur de la fabrication du genre pendant l’enfance dont les effets se prolongent à l’âge adulte, via l’accumulation – ou non – de ressources informelles distinctives, permettant d’atteindre une position de pouvoir dans l’espace social. En plus de montrer la construction relationnelle et intersectionnelle du genre et ses conséquences sur l’accumulation de capitaux, cet article suggère quelques pistes pour élargir le cadre théorique forgé par Raewyn Connell.

  • socialisation
  • domination
  • jeunesse
  • intersectionnalité
  • masculinité
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